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Coups de coeur de septembre

Bonjour à tous, voici nos coups de coeur de ces dernières semaines.



Au prochain arrêt de Hiro Arikawa (éditions Actes Sud).


Au Japon, sur la ligne d’un train, le long des huit gares qu’il dessert, plusieurs passagers ayant chacun leur histoire montent, descendent, se croisent et se rencontrent. Une jeune femme vient de se rendre au mariage de son ex fiancé pour se venger de lui, une étudiante s’apprête à quitter un jeune homme qu’elle n’aime pas mais qui la tient sous son joug, deux « geeks » se parlent pour la première fois, une femme d’âge mûr tente d’abandonner un groupe d’amies nocives… Nous rencontrons tous ces personnages à l’aller puis au retour, quelques mois plus tard. Chacun porte en lui des désirs qu’il se sentira capable d’assumer grâce aux rencontres qu’il a faites dans ce train. Ces histoires entrelacées forment une subtile structure et le trajet en train devient un motif poétique. Le style naïf et direct, propre à beaucoup de romans japonais, permet de dévoiler les sentiments des personnages sans aucun pathos, alors qu’ils sont tous à un moment crucial de leur vie, ce qui ne va pas sans souffrances. Bien écrit, touchant, ce roman est un coup de cœur !


Un Afghan à Paris de Mahmud Nasimi (éditions du Palais).


Mahmud Nasimi a quitté l’Afghanistan en 2013 laissant derrière lui un pays en guerre, son pays, sa famille et ses amis. Arrivé à Paris en 2017, il a dû affronter les nombreuses épreuves de la vie de réfugié, l'attente, les nuits dans la rue, la solitude, le désespoir. Un jour, il entre un peu par hasard au cimetière du Père Lachaise et fait connaissance avec un "glorieux peuple de l’ombre". il découvre Balzac, Proust, Eluard… Il feuillette leurs romans, leurs poèmes, recopie des phrases, en apprend d’autres par cœur. Dans cette langue qu’il a faite sienne, il a bâti ce récit où s’entremêlent bonheur et douleur, où il évoque les meurtrissures d’une vie, ses rêves et ses espoirs, dans une langue poétique aux images venues d’ailleurs. Mahmud Nasimi ne parle pas dans cet essai son périple depuis Kaboul, il l’avait déjà fait dans son précédent livre : De loin j’aperçois mon pays. Ce petit essai est un magnifique hommage à la littérature française ! Mahmud Nasimi use de métaphores bouleversantes et sa prose est très épurée. Son récit témoigne d'une grande sensibilité et d'un grand amour de la France.



Les Lions de Sicile de Stefania Auci (éditions Albin Michel).


1799. Paolo et Ignazio Florio quittent leur Calabre natale pour s’installer à Palerme. Passionnés, ambitieux mais pauvres et de modeste origine, les deux frères et leur famille n’aspirent qu’à une chose : se hisser parmi les puissants de la ville. C’est sans compter le mépris des palermitains qui voient d’un mauvais œil ces étrangers dont « le sang pue la sueur ». À force d’obstination et de volonté, les Florio, en se lançant dans le commerce d’épices, se frayent un chemin qui, un jour peut-être, leur donnera un empire. Mais leur réussite ne les protège pas de drames plus intimes, car Paolo et Ignazio, pourtant unis comme les cinq doigts de la main, aiment la même femme… Succès phénoménal en Italie, bientôt adapté à l’écran par les producteurs de L’Amie prodigieuse, Les Lions de Sicile ouvre une fresque passionnée et tourmentée, à l’image de cette Italie du Sud qui en constitue le décor. Si vous aimez les sagas familiales, vous allez vous plonger passionnément dans ce roman, qui est un premier tome ! Affaire à suivre, donc...




Mon Mari de Maud Ventura (éditions de l'Iconoclaste)


« Je suis amoureuse de mon mari. Mais je devrais plutôt dire : je suis toujours amoureuse de mon mari. J’aime mon mari comme au premier jour, d’un amour adolescent et anachronique. Je l’aime comme si j’avais quinze ans, comme si nous venions de nous rencontrer, comme si nous n’avions aucune attache, ni maison ni enfants. Je l’aime comme si je n’avais jamais été quittée, comme si je n’avais rien appris, comme s’il était le premier, comme si j’allais mourir dimanche. »


Le mari de la narratrice n’a pas de prénom. Elle l’appelle « mon mari », avec tout l’orgueil que ce possessif comporte. Après quinze ans de mariage, elle est toujours follement amoureuse de lui, exactement comme au premier jour, avec ce que cela engendre d’attentes, de doutes, d’espoirs, d’excitation, de jalousie… Ils ont deux enfants, sont un couple « installé », comme on dit, et c’est justement ce qui lui fait peur : la routine, l’ennui, le manque de conversations intéressantes… Elle craint que tout cela n’éloigne d’elle son mari. Divisé en sept journées, ce roman décrit une tension croissante. Dans un style mordant, extrêmement drôle, nous assistons au dévoilement de toutes les tocades d’une femme qui a tout pour être heureuse et qui vit pourtant dans la peur permanente de perdre l’amour de son mari. Elle lui tend des pièges, l’espionne, note toutes ses bévues et le trompe simplement pour voir s’il s’en rendra compte… La folie n’est jamais loin et le retournement final est très bien vu !


« Je déjeune avec une collègue que j’apprécie. On parle de nos élèves (c’est intéressant), de nos maris (c’est le moment que je préfère), de nos enfants (la conversation perd immédiatement en intérêt). »


Mourir au monde de Claire Conruyt (éditions Plon)


Sœur Anne, une religieuse d’une quarantaine d’années en proie au doute concernant sa vocation, est chargée d’accueillir et de former une jeune postulante. L’idéalisme de Jeanne se heurte aux angoisses de son aînée mais cela n’empêche pas une profonde amitié de naître et de croître, au risque de frôler la « confusion des sentiments », pour reprendre un titre de Stefan Zweig. Malgré une fin un peu déconcertante, il s’agit d’un joli premier roman, très poétique. Une belle plume à suivre… Cette courte fiction aborde un thème peu traité mais fait penser à un autre roman, paru en 1977 aux éditions de la Table ronde, Côme ou le désir de Dieu, de Pierre de Calan qui évoquait les doutes d’un jeune homme souhaitant entrer à la Trappe de Soligny. Sa relation avec le maître des novices était également au cœur du récit. Les raisons qui poussent un homme ou une femme à choisir volontairement de « mourir au monde » en entrant au couvent, ou au monastère, offrent un bon thème romanesque, profond et intéressant, qui en dit bien plus sur nos vies « dans le monde » qu’on ne peut le croire à première vue.


« Un bourgeon échoue sur le gravier, près de sa chaussure. La religieuse se penche, agrippe la tige du bout de ses doigts fragiles. Elle ne résiste pas aux détails. Ces petits imprévus qui bousculent l’apparente régularité du couvent. »




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